Des chroniques portant surtout sur tout ...
16 Janvier 2013
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Pour cette première chronique de l’ année, profitons de l’ exposition actuellement proposée par le Centre Georges Pompidou pour nous pencher sur une œuvre du génial Salvador Dalí.
Dalí est né à Figueras le 11 mai 1904 et mort dans la même ville le 23 janvier 1989. Tour à tour peintre, sculpteur, graveur, scénariste et écrivain catalan de nationalité espagnole, il est considéré comme l'un des principaux représentants du surréalisme et comme l'un des plus célèbres peintres du XXème siècle.
Peint en 1931, ‘La persistance de la mémoire’ est l’ un des plus célèbres tableaux de Salvador Dalí. Il représente entre autre les célèbres montres molles. J’ai choisi cette œuvre pour les formes étranges qu’ elle nous offre et la stupéfaction qu’ elle procure à notre regard dès les premiers instants.
Nous observons en arrière-plan un paysage imaginaire, onirique, qui est certainement celui de Portlligat et par extension celui du Cap de Creus. A cette époque, Dalí et son épouse Gala se trouvent à Portlligat, ce petit village de pêcheurs dans la province de Gérone, au nord de la Catalogne. Le couple y retape en effet une baraque achetée un an auparavant. Le peintre évoque à propos de ce lieu : « Je suis construit entre ces pierres, j’ai forgé ici ma personnalité, j’y ai découvert mon amour, j’y ai peint mon œuvre, j’y ai construit ma maison. Je ne peux me séparer de ce ciel, de cette mer, de ces rochers.»
L’attachement de Dalí à cet environnement est d’ ailleurs une constante dans son œuvre et sa trajectoire artistique.
Sur notre toile, ce paysage semble désert et baigné d’une lumière crue qui découpe les arêtes aiguisées des rochers. On y voit à l’ horizon la mer, une falaise escarpée et un ciel crépusculaire magnifique. Les tons sont à dominante bleue ou jaune tandis que les lignes et les formes sont parfaitement définies. Dalí semble ainsi offrir une vision simple de la nature, une vision statique qui transmet une certaine idée de stérilité, de ‘gel’ de l’instant.
Cette première impression contraste avec un premier plan plus foncé, plus imprécis et plus lisse.
En effet, notre paysage onirique se voit interrompu, au premier plan, par trois montres molles et une quatrième rigide qui donnent tout son sens au tableau.
L’une des montres molles pend d’une branche d’olivier ; une autre repose sur une forme amorphe, apparemment endormie, qui occupe le centre de l’ œuvre. Cette forme est du reste souvent lue comme représentant un autoportrait de Dalí. On y trouve en effet des similitudes avec le visage apparaissant dans l’œuvre Le grand masturbateur (1929) ou d’ autres visages peints à la même époque par l’ artiste catalan. La dernière montre molle s’appuie sur un meuble situé sur le côté gauche. Chacune de ces trois montres marque une heure différente (il semble être entre 18 et 19 heures, heure crépusculaire), ce qui insinue la relativité du concept de temps.
Par opposition à ces montres molles, nous trouvons une quatrième montre rigide, qui, au lieu d’indiquer l’heure, est couverte de fourmis et placée sur l’envers. On retrouve ici l’ obsession voire la phobie du peintre pour les fourmis qu’il associe le plus souvent à la mort et à la décomposition depuis son enfance.
Dalí évoque sans conteste dans cette œuvre l’obsession chez l’ homme de vouloir contrôler le temps par les heures que marque la montre. Le peintre catalan envisage ici les concepts de temps qui passe, de sa relativité, de sa fugacité et de son écoulement.
Dalí déforme les instruments même qui doivent nous informer sur le temps et il en annule la fonction. Toutes les montres marquent une heure différente et la seule qui maintient sa rigidité initiale est peinte retournée sur l’envers et infestée de fourmis.
Ainsi, en l’ absence du symbole à présent détruit que constitue la montre, l’ inutilité du temps devient une évidence. Le titre de l’ œuvre prend alors tout son sens : devant l’ absence de temps, il convient de conserver la mémoire. Dalí mêle ici avec bonheur l’infini d’une scène (un paysage immobile) avec des objets qui nous rappellent à chaque instant la fugacité des instants et des choses.
Alors Dalí génial ou fou ? A chacun de se faire son opinion, en sachant simplement que l’idée de ce tableau est venu au peintre alors qu'il contemplait les restes d'un camembert coulant dans une assiette après un dîner terminé. Il avait alors entamé une réflexion compulsive sur les mystères des éléments durs et mous, et s'était immédiatement mis à travailler frénétiquement et toute la nuit. Il eut alors l’idée d’introduire sur la toile trois montres à demi-fondues… Alors Dalí génial ou fou ?
Sébastien