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11 Octobre 2012
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Maurice Utrillo, né Maurice Valadon en 1883 à Paris et mort à Dax en 1955, était un peintre paysagiste, de vues (particulièrement de Paris et sa banlieue) .
Fils de l'artiste Suzanne Valadon, tour à tour peintre à la gouache et aquarelliste, on découpe souvent son œuvre en trois périodes : la période Montmagny de 1904 à 1910, la période blanche de 1910 à 1914 et la période colorée de 1922 à 1955.
Son enfance se déroule auprès de sa grand-mère à Pierrefite-sur-Seine, à qui sa mère l’a confié. Il sombrera très vite dans l’alcoolisme, connaissant de multiples cures et autres séjours en asiles. Le sobriquet de 'Litrillo' le poursuivra ainsi toute sa vie.
Dès 1915, le talent d’Utrillo est unanimement reconnu, ses tableaux deviennent de plus en plus colorés, il expose à cette période dans plusieurs galeries d’art.
En 1935 Maurice Utrillo connaîtra la consécration en étant décoré de la Légion d’Honneur.
Suzanne Valadon meurt le 7 avril 1938. Utrillo continuera jusqu'à sa mort le 5 novembre 1955 à peindre dans sa villa du Vésinet des vues de Montmartre. À la fin de sa vie toujours alcoolique mais aussi de plus en plus mystique, pour ne pas dire superstitieux, il partagera son temps entre la boisson, les prières devant le petit autel qu’il a installé dans son atelier et, bien entendu la peinture.
Il signera toujours ses tableaux Maurice Utrillo suivi du V de Valadon.
Après ces quelques repères, intéressons-nous ici plus particulièrement au tableau 'Le Café de la Tourelle’, établissement situé dans le quartier de Montmartre.
Nous sommes ici en 1911, au cœur de sa période dite blanche, la plus connue et sans doute la plus intéressante picturalement parlant de son œuvre. A cette époque, il mélangeait du plâtre à sa peinture pour lui donner cette impression de pâleur et de blancheur.
Le mystère des tableaux d’Utrillo repose en partie sur cette impression que le peintre n'a jamais appris le métier et on est même bien souvent tenté de le qualifier de 'naif'. Il sera d' ailleurs l’un des peintres les plus copiés. Son approche est dépourvue de toute ambition de suivre les courants intellectuels qui fleurissent au début du XXème siècle. Ses tableaux conservent en ce sens toujours un charme incompréhensible pour l’esthète ou le puriste.
Observons sur ce Café de la Tourelle l’impression rendue d'une architecture vide de vie où les personnages sont quasi inexistants ou en tous cas, sont secondaires, faisant juste partie du décor. Ils sont représentés comme des silhouettes à peine esquissées à l’aide de petites touches de couleurs appliquées ci et là.
Comme pour beaucoup de ses toiles, Utrillo soigne ici tout particulièrement la perspective et nous donne la sensation de nous engager dans la ruelle. En effet, les angles des maisons ou établissements sont très marqués, les formes géométriques, et les trottoirs très nets. La rue ainsi structurée et délimitée semble s'offrir à nos pas.
On a souvent l’impression en contemplant l'oeuvre d’Utrillo, et c’est encore le cas sur cette toile, de se trouver devant un dessin d’enfant : l’allure générale du tableau est droite et simple, dépourvu de tout effet, et les lettres des enseignes parfaitement visibles.
Et pourtant dans ces paysages urbains sans effets, sans drame visible, règne un désespoir pénétrant comme un crachin d’automne. La rue semble silencieuse, les quelques personnages y figurant paraissent tels des fantômes errant sans but précis. On est bien loin du Paris effervescent qui aime à s’afficher en ce début de XXème siècle, loin de l'industrialisation à tout crin, loin du tumulte artistique que la capitale abrite pourtant à cette époque.
Les murs des maisons y sont fades, pales, de guingois, les fenêtres représentées la plupart du temps comme des trous noirs lorsqu'elles ne sont pas obstruées par des volets, accentuant encore si besoin était cette sensation d’abandon, de désertion.
Sur cette toile, tout semble silence abandonné, pesanteur, vide.
Tout se passe comme si, avec son cœur de paysan alcoolisé, Utrillo souhaitait ruraliser la ville, vouloir davantage peindre les chemins que les rues de Paris.
Le choix des couleurs, du camaïeu, des teintes souvent identiques mais aux tons différents, avec simplement quelques touches de couleurs estompées, participe de cette impression.
La seule incartade à cette volonté d’effacement général nous est offerte par le ciel que le peintre a pour habitude, magie du pinceau, de rendre à la fois lourd et lumineux.
La rue ainsi dépeinte semble se prolonger à l'infini, l'horizon n’y étant pas marqué, comme pour ajouter encore à l’effet de langueur tandis que les arbres dénudés et rachitiques nous indiquent que la nature, comme la pierre, s'est vidée de sa substance et de sa vitalité.
Même le café, pourtant thème central du tableau, paraît triste et peu engageant, bien loin des lieux d’échanges et de vie privilégiés qui fleurissent à cette époque à Paris.
Tout est décidemment sur cette toile désertion, reddition.
Mais pour autant, on ne peut s’empêcher d’admirer l’œuvre de Maurice Utrillo avec une approche qui peut s’avérer ludique, car derrière cette atmosphère pesante peut s’engager une lecture plus légère, quasi simpliste.
Une lecture où tout un chacun peut se projeter dans cette rue, dans ce tableau exempt de codes, de clés de lecture comme aiment à en enrichir leurs tableaux les peintres contemporains d’Utrillo.
Aucun effet de style non plus, simplement le temps comme suspendu sur une image, un instantané dans lequel tout est à inventer. Le profane peut alors avoir le désir d’emprunter cette rue, et d’y mener la vie qu'il entend tant elle paraît vierge de toute convention, de tout règlement.
N'est-ce pas là une facette fondamentale de la peinture que de permettre au profane de s’associer à l'oeuvre, de la modeler à son image et de s'y projeter? L’artiste ne faisant qu’offrir un cadre malléable à l'infini selon le regard que chacun veut bien y porter.
Simplicité, accessibilité semble en définitive le mieux caractériser l’œuvre d’Utrillo et ce Café de la Tourelle.
Sébastien
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