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1 Décembre 2012
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'Monstre Ordinaire'... Certainement pour moi la consécration de l’année tout autant qu’une énorme gifle. Et à n’en pas douter l’album le plus régulièrement accueilli par ma platine ou mes fidèles écouteurs.
Attention, il ne s’agit pas là d'une révélation tant le groupe écume les salles de France depuis à présent près d’une vingtaine d’année (premier album sorti en 1994).
Lofofora s’est en effet depuis longtemps installé comme une référence incontournable du Métal Hexagonal même si le groupe s’en défend assez souvent préférant ne revendiquer aucune étiquette et refusant toute cloison entre le Métal, le Hard Core, le Punk et la Fusion, autant de tendances influençant leur musique. C’est là une marque de fabrique du groupe, inclassable dans son style et sa griffe.
L’appellation du groupe est une référence au Peyotl dont le nom scientifique est le Lophophora Williamsii, un petit cactus sans épines utilisé pour ses propriétés psychotropes et hallucinogènes par les populations amérindiennes d'Amérique du Nord.
L’ album ‘Monstre Ordinaire’, le 7ème album studio du groupe sort donc en octobre 2011. Une claque monumentale dès les toutes premières écoutes. Pas de chichi, pas de blabla, Lofofora crache sur tout ce qui bouge avec une extraordinaire présence d’esprit et d’à-propos, en prenant soin d’oublier toute forme de délicatesse pour justifier son propos avec autorité. C’est un uppercut qui nous arrive d’emblée sous le menton avec le 1er titre ‘Utopiste’, ode à la détermination et la ténacité de rester en accord avec ses idées coûte que coûte et contre vents et marées.
Les textes, comme le groupe en a désormais pris l’habitude, dressent le plus souvent un constat critique de la société sans appel et Lofofora s’affiche une fois encore avec cet album comme un groupe militant qui ne mâche pas ses mots.
En leader charismatique, le chanteur Reuno s'impose comme un peintre au vitriol de notre époque, pointant du doigt tour à tour le mercantilisme et l’individualisme à tout crin prônés de nos jours (‘Elixir’, ‘Les Conquérants’), le caractère consumériste de nos sociétés et leurs schémas de pensée pré-formatés (‘La Merde en Tube’) ou encore le racisme et la peur de l’autre (sur le magnifique 'Le Visiteur').
Ainsi, de sa voix plus rageuse et plus puissante encore que sur les précédents albums, Reuno se réclame grand prédicateur, portant sa rage à bout de voix ; une voix à la fois chaleureuse, profonde, agressive et orageuse.
Mais, bien au-delà encore, Reuno s’avère être un formidable portraitiste avec des textes très souvent à double tiroirs dans lesquels il dessine par exemple les traits sombres d' un 'Mec Sans Histoires' ou bien ceux d'un type frustré rêvant à sa revanche (‘Frustrasong’). Il sait également se livrer avec une certaine causticité à une introspection plus intimiste (le rageur titre introductif 'Utopiste' ou l’inquiétant 'Ma Folie').
Le dernier morceau, ‘La Beauté et la Bête’, constitue probablement une pièce maitresse de cet album avec une instrumentation progressive et une montée en puissance qui puise une nouvelle fois sa force dans l’énergie du chanteur. Le riff y est entêtant et vos deux serviteurs n’ont pu résister à une séance de Headbanging sur ce titre lors d’un fameux concert à l’Alhambra en avril dernier …
… Voilà une transition toute trouvée pour ajouter quelques mots supplémentaires sur la tenue scénique du groupe.
Là encore, on n’est jamais déçus, nous avons eu le loisir et la chance d’assister à 3 de leurs concerts en cette année (2 en banlieue parisienne et un à l’Alhambra de Paris resté mémorable) ; avec à chaque fois le même sourire aux les lèvres en sortant de la salle. Sur scène, Reuno semble rechercher son énergie dans le public, le contact de ce dernier et sa présence afin de mieux l’apprivoiser. Il aime transpirer et faire transpirer, sans calcul, sans retenue.
La communion, l’échange et le partage sont érigés en dogme lors d’un concert de Lofofora. Reuno prend souvent la parole entre les morceaux, s’adressant au public à la deuxième personne du singulier (‘Est-ce que tu passes globalement un bon moment ?’ etc.) comme pour ajouter plus d’intimité et de proximité avec les fans. On a là devant nous un type à la tête plutôt bien faite et sympathique en diable quoique rageur et souvent indigné devant la bêtise et les préjugés. Un authentique tribun, tour à tour provocateur, agitateur féroce et anticonformiste.
Si l’on ajoute à cette véritable bête de scène un gratteux, Daniel Descieux, au jeu à la fois tout en souplesse et en puissance, un bassiste et un batteur efficaces et parfaitement dans l’esprit, nous tenons bien là un vrai groupe de scène, qui en impose et procure à son public un instant de plaisir et de communion authentique, intense et généreux.
Sébastien
Line Up :
Reuno : Chant
Daniel Descieux : Guitare
Phil Curty : Basse
Vincent Hernault : Batterie
Set List :
1. Utopiste
2. Les Evadés
3. Elixir
4. Les Conquérants
5. La Merde en Tube
6. Le Visiteur
7. Ma Folie
8. Un Mec Sans Histoires
9. Cannibales
10. Frustrasong
11. La Beauté et La Bête